Des Juifs d’origine
sépharade et allemande arrivent en Argentine avec les premiers
explorateurs espagnols au début du XVIIème siècle, mais ils
restent plutôt inaperçus.
Rien ne permettait d’imaginer alors la force de la future communauté
juive en Argentine, dont sa présence et sa contribution à la vie
économique, sociale, politique et culturelle de ce grand pays restent
notables jusqu’à ce jour.
L’immigration juive
L’émigration juive massive vers
l’Argentine commence après les pogroms de 1881 en l’Empire Russe. Elle se
renforce avec la première guerre mondiale, qui dévaste le vieux continent, et
puis, avec l’apparition en Europe de régimes autoritaires et fascistes, avec la
famine en Ukraine et le durcissement du régime stalinien. Les premières vagues
d’émigrants ont été sout
enues
financièrement par la Jewish Colonisation Association, une institution
philanthropique fondée en 1890 par le baron Maurice de Hirsch (1832-1896), un
banquier qui doit sa fortune entre autres a l’Orient Express. Plus tard, les
émigrants y arrivent de façon individuelle, souvent pour rejoindre leurs
familles déjà installées dans le pays. Entre 1900 et 1940, plus de 250.000 Juifs
sont entrés dans le pays, dont 150.000 arrivés vers la fin des années 1930. Ils
transforment ainsi l’Argentine en une destination importante d’émigration juive,
alternative à l’Amérique du Nord.
Les colonies agricoles juives
– les gauchos juifs
Longtemps avant la colonisation
régulière et organisée en Palestine, l’Argentine devient
un foyer pré-sioniste, avec la création dans la Pampa de colonies agricoles
juives gérées par la JCA.
N’ayant aucune expérience, les colons ont dû apprendre les techniques agricoles
et d’élevage des experts locaux : los gauchos. Les gauchos juifs participent au
développement de l’agriculture argentine, introduisent dans le pays des
coopératives et demeurent pour tous les juifs argentins un symbole d’une éthique
fondée sur le travail et la solidarité et l’attachement aux traditions juives.
Culture yiddish
Des importantes publications de
littérature juive, en yiddish et en espagnol, étaient imprimées en Argentine
pour la distribution dans le pays et l’exportation en l’Amérique latine. La
communauté juive de Buenos Aires, de majorité ashkénaze, jouissait d’une vie
culturelle intense, avec trois journaux en yiddish et de nombreux centres
culturels. C’était aussi l’une de capitales du théâtre yiddish, attirant les
plus grandes stars américaines et européennes, qui se produisaient dans la
capitale et dans les colonies pour des publics fort enthousiastes.
Un foyer pour les juifs, une
cachette pour les nazis
Pendant la Shoah en Europe, le
gouvernement argentin change sa politique et introduit de restrictions pour
l’entrée des Juifs. Malgré cette interdiction officielle, beaucoup de personnes
arrivent à gagner Buenos Aires.
En contraste, après 1945, le
président Juan Domingo Perón accueille des réfugiés nazis et de nombreux
collaborateurs fascistes provenant de l’Allemagne vaincue mais aussi de la
Belgique, Croatie, France, Irlande, Italie, Pologne et Roumanie. L’Argentine
devient ainsi un pays qui n’accueille pas seulement les victimes, mais en même
temps, leurs bourreaux. L’enlèvement d’Adolf Eichmann (qui vit paisiblement en
Argentine depuis la fin de la guerre sous le nom de Ricardo Clement) par Zvi
Malchin et le Mossad en 1960 met la lumière sur ce véritable réseau nazi.
Presque un demi-siècle plus tard, un « médecin » nazi de 83 ans, le docteur Paul
Schaefer est trouvé dans les faubourgs de Buenos Aires (mars 2005). Le fameux
centre viennois de Simon Wiesenthal compte encore plus de 50 dossiers ouverts de
criminels nazis présumés de vivre ou d’avoir vécu en Argentine.
Pré
sence
juive en Argentine d’aujourd’hui
Il existe actuellement en
Argentine 9 institutions juives principales, dont l’AMIA ; 31 écoles ; 14
centres socio-sportifs ; 56 synagogues et 8 cimetières ; une douzaine de
publications (revues, journaux, etc.) ; 7 musées, archives et bibliothèques ; et
4 chaines de radio et télévision.
Mais au delà des chiffres, quels
sont les repères identitaires des Juifs argentins d’aujourd'hui ? Quels en sont
les principaux facteurs et supports ? Quels sont les clivages et les oppositions
intracommunautaires ? Quels sont les sujets et les débats qui animent la vie
juive argentine ? Où en sont les jeunes ? Quelle est la contribution juive à la
vie économique, sociale, politique et culturelle de ce grand pays ?
Entre l’allia et l’assimilation,
entre les dictatures et les crises économiques, la vie juive y continue avec
force et vivacité. Certes, l’Argentine n’est plus le grand centre de diffusion
de la culture yiddish qu’elle était dans les années 1920–1950, mais le regain
d’intérêt culturel, religieux et laïque, de nombreux retours des immigrants
(Israël, États-Unis, Europe) et la mobilisation après les attentats en 1992 et
1994, qui ont profondément traumatisé la conscience juive argentine, permettent
de rester optimistes quant à l’avenir de la vie juive diasporique en Argentine.
Uruguay juif : Montevideo et
Colonia del Sacramento
De
l’autre coté du Río de La Plata, en Uruguay, on trouve la belle et tranquille
ville de Colonia del Sacramento (nommé par l’UNESCO Patrimoine mondial
de l‘humanité). Cette ville, la plus ancienne dans le pays, a été le foyer de
nombreux marranes Portugais, comme on le constate en visitant sa
mikveh, récemment découverte.
Montevideo, la capitale
uruguayenne, représente une communauté juive très active avec son institution
principale, la Kehilá et plusieurs organisations et centres, religieux, laïques
et culturels.
Le tourisme général
Notre
séjour culturel juif se complète par des activités touristiques générales. Nous
s’envolerons pour le nord du pays aux frontières avec le Paraguay et le Brésil
pour visiter les deux parcs nationaux d’Iguazú, argentin et brésilien, avec
leurs merveilleuses chutes d’eaux.
Nos séjours dans les deux
capitales de tango (Montevideo et Buenos Aires) seront pour nous un prétexte
pour vivre le tango à sa source (concert, spectacle, cours de danse).